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Le Ciel De Nadira
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Le Ciel De Nadira

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Quand le muezzin rappela les fidèles pour le ṣalāt26 du coucher du soleil, elle vérifia si le garde se préparait à se pencher vers La Mecque derrière le condamné, et en profita pour violer l’interdiction selon laquelle elle ne pouvait pas s’approcher.

“ Corrado, ma vie mon souffle… Corrado ! ”

Mais il émanait une espèce de rugissement, doucement et les yeux fermés.

Apollonia pris alors son visage entre ses mains et lui dit :

“ Rappelle-toi qui tu es, Corrado, rappelle-toi qui est ton père . ” ” Alfeo… du Rabaḍ ” répondit-il avec difficulté.

“ Corrado, mon frère, rappelle-toi qui est ton père. ” répétait Apollonia désespérément, insatisfaite par sa réponse.

“ Alfeo… notre père . ” répéta-t’il, en ayant toujours les yeux fermés.

“ Ne te rappelle pas de qui t’as aimé comme un fils, rappelle-toi au contraire de celui qui t’a engendré.

Ces histoires que tu me racontais le soir devant le feu, celles que ton père t’as transmises… ton vrai père. Souviens-toi quand tu me parlais des landes du nord, faites de glace et de neige, et de comment les gens de ta lignée sont habitués au froid le plus extrême. Rappelle-toi, Corrado, peut-être que ton sang d’homme du nord pourra te réchauffer et te faire sur-vivre . ”

“ La compagnie normande… ”

“ C’est exact, Corrado, la compagnie normande… continue de te souve-nir ! ”

“ Mon père, Rabel… Rabel de Rougeville . ”

“ Oui, Corrado, ce fut durant l’été d’il y a vingt ans la derrière fois que tu le vis ; tu me l’as raconté tant de fois . ”

“ Je vis les remparts de Syracuse… ” murmura-t’il enfin, avant de perdre connaissance dans un profond sommeil fiévreux.

Chapitre 5

Début de l’été 1040 (431 de l’hégire), devant les remparts de Syracuse


Elle était la ” porte de l’orient ” de la Sicile, la ville qui avait été la plus glorieuse de toute la Méditerranée centrale avant l’avènement de Rome, la patrie des tyrans et du grand Archimède, une perle sortie du fond de la mer par des dauphins divins ; Syracuse était cela ! Et en effet cette ville était un objectif trop prestigieux pour être ignoré, une étape que le général de l’Empire d’Orient, Georges Maniakès, ne pouvait délaisser durant sa mission.

La reconquête complète de la Sicile en faveur de Constantinople n’était pas quelque chose de facile, et donc, si l’on voulait réussir l’entreprise, il fallait prendre Syracuse aux sarrasins, pour faire en sorte qu’elle ne de-vienne une solide tête de pont pour l’arrivée des renforts venus de l’est. La ville, entre autre était bien fournie, alimentée par des sources d’eau in-ternes et défendue par des soldats tenaces, qui s’étaient retirés au delà des remparts après les premières batailles. Le rappel des muezzins sur les minarets rappelaient aux assiégeants que la conquérir aurait été une longue et épuisante entreprise.

Georges Maniakès était un homme rude et despotique, avec ses troupes et les officiers qu’il commandait il était souvent violent… pour tout dire, un parfait guerrier. Même son aspect laissait transparaître son caractère brut : aveugle d’un œil, il était plus grand que la moyenne des hommes et ses traits étaient grossiers, désagréables. Tout en lui suscitait de la peur, autant parmi les siens que parmi les malheureuses milices de sarrasins que l’on avait rencontrées. Sa valeur était indiscutable déjà bien avant que l’Empereur d’orient ne lui confia la mission d’arracher la Sicile aux arabes, mais maintenant que de Messine jusqu’aux portes de Syracuse les croix réapparaissaient, sa renommée devenait absolue. D’ailleurs il fallait un caractère fort et une autorité indiscutable si l’on voulait réussir une entreprise plus grande que la guerre contre l’Islam, c’est à dire parvenir à contrôler l’armée variée qu’il commandait. Les lignées regroupées à la paie de Georges Maniakès étaient nombreuses : des hommes de Constantinople et de ses biens, des habitants de la Pouille, des calabrais, arméniens, macédoniens, pauliciens27… mais aussi des mercenaires, des conscrits qui brandissaient la lance après le lombard Arduin… la garde du nord, variée, qui avait traversé les steppes slaves pour servir l’Empereur d’orient, guidés par Harald Hardrada… et les normands du courant inférieur de la Seine, parmi les plus habiles guerriers.

Justement un de ces derniers – toutefois non encore guerrier – regardait la mer aux environs de la cinquième heure de l’après-midi, en élançant son regard au delà les ruines de l’ancienne ville située sur la terre ferme. La ville, en effet, avait été un temps jadis bien plus grande, elle s’étendait également sur une partie considérable de la côte donnant sur l’île d’Ortigia, là où se trouve le cœur de la fameuse Syracuse. Depuis deux cents ans, toutefois, après le dévastant assaut des sarrasins, elle ne comprenait que la partie insulaire et une minuscule partie de la péninsule, déjà sous le contrôle de Maniakès. Les hommes adressaient leurs pensées et les armes à ce qu’il restait de Syracuse dans la tentative de réussir cet assaut qui du-rait désormais depuis des mois, au delà de cet étroit et exigu canal qui partageait la ville.

Conrad avait neuf ans et avait connu la guerre très tôt, afin qu’il se durcisse au destin qui l’aurait accompagné durant toute sa vie ; par nature, en effet, aucun garçon normand ne pouvait être autre chose qu’un guerrier. Mais Conrad était aussi un rêveur,…. Peut-être parce que son père retenait qu’il était juste de ne pas le soumettre déjà au baptême des armes, Conrad savait rêver, sans devoir faire face aux atrocités, des hommes au massacre, qui offusquent les yeux et assombrissent l’esprit. Dans les yeux verts de Conrad on pouvait donc encore plonger son regard, et voir le reflet de l’espérance et de cette idée de maison et de famille qui lui avait été niée en partie, par la mort prématurée de sa mère, une femme d’origine noble, de descendance des francs.

Rabel de Rougeville avait emporté son fils et leur nourrice durant sa descente en Italie, quand l’enfant avait seulement un an. Attiré à Salerne par les généreuses récompenses qui étaient données aux nobles cadets normands, et attiré par les nouvelles des compatriotes qui l’avaient précédés, Rabel avait alors décidé de s’unir à ses compagnons d’armes, et se mettre au service de la meilleure offre. Sur ces terres, certes, les guerres ne manquaient pas… des terres ensanglantées par les conflits infinis entre Constantinople et les dernières principautés lombardes. Sans parler des continuels raids des brigands arabes sur les côtes de la Calabre. C’est ainsi que lorsque Georges Maniakès avait créé une armée pour envahir la Sicile, Rabel et ses autres soldats avaient répondu à l’appel.

Messine était vite tombée, mais les batailles qui suivirent furent sanglantes, et dévastèrent tant la population que les deux armées, avec de grosses pertes au sein du contingent normand. En deux guerres Maniakès était parvenu à arriver uniquement juste sous les remparts de Syracuse, en contrôlant à peine la côte ionienne. Les personnes de l’Iqlīm de Demona, la pointe nord orientale de l’île à majorité chrétienne, avaient appuyé l’invasion, toutefois le reste de la Sicile était à tous les effets un fief sarrasin et sa conquête aurait été une tâche longue et difficile.

Le regard se perdant au delà du petit port de la ville, Conrad ouvrit les bras vers l’impossible, embrasser la mer et l’horizon. Son père, derrière lui, le regardait désormais depuis quelques minutes et quand, en s’approchant, il caressa ses longs cheveux blonds cuivrés, Conrad se retourna en sursaut, presque épouvanté à l’idée que l’autre puisse le gronder pour le geste banal qu’il était en train d’accomplir.

“ Tu veux saisir la mer, mon fils ? ” demanda Rabel, vêtu d’une simple tunique blanche, mais armé.

“ C’est la plus belle chose qui puisse exister ! ”

“ Je crains que tes poches ne soient trop étroites pour la contenir entière-ment… ”

“ Cependant Dieu peut la contenir ! ”

“ C’est peut-être justement cela la Terre… Ses poches… et nous, nous y sommes à l’intérieur. ”

“ Roul dit que Dieu nous a choisi parmi tous car notre sang est le meilleur qui puisse exister. ”

Rabel sourit et regarda lui aussi la mer.

“ Chaque nation, tout comme chaque peuple, croît être meilleur qu’une autre.

Regarde cette terre… les mahométans croient avoir les faveurs de Dieu, l’Empereur de Constantinople croît être Son vicaire et le Pape croît la même chose… et essaie de passer par la Giudecca d’une de ces villes et demande de quel côté est Dieu. Conrad, mon fils, essaie de devenir toi même une personne meilleure, indépendamment de ton sang.

J’ai vu des mahométans se battre avec plus d’honneur que les nôtres… je suis sûr que Dieu les estime en gloire indépendamment du patron qu’ils servent. Depuis que nous avons débarqué sur cette terre j’ai ouvert les yeux sur de nombreuses choses. ”

“ Et Roul ? ”

“ Roul est mon meilleur ami, mais nous combattons pour un bien différent. ”

“ Vous dites que vous ne combattez pas pour la récompense ? ”

“ Je suis né soldat et mon père m’a élevé pour que je le devienne. De-puis que notre lignée quitta les landes froides du Jylland28 nous n’avons ja-mais empoigné rien de différent qu’une épée. C’est notre métier, et la ré-compense pour notre bataille est notre salaire. Toutefois, mon cher Conrad, la récompense peut te remplir les poches et peut te remplir le cœur ; c’est à toi de décider où la mettre. ”

“ vous pensez que la récompense peut être dangereuse ? ”

“ Tout peut être dangereux si cela nous conduit à l’asservissement d’un vice et d’une fin égoïste. Le pouvoir, l’argent et les femmes… méfie-toi de tout cela ! ”

“ Mais vous avez aimé ma mère… ” affirma Conrad confus et douteux. ” Il n’y a rien de mal à avoir du pouvoir lorsque tes subordonnés de-viennent tes fils ; rien de mal à l’argent quand il nourrit ta bouche et celle de ceux que tu commandes ; et pour rien au monde, rien de mal dans la chaleur de la femme que tu aimes. Mais moi, mon fils, j’ai aimé une seule femme et aucune autre n’a pu prendre sa place. Tu lui ressembles beau-coup… tes yeux, tes cheveux, ton teint… et ton nom, Conrad, hérité de sa lignée… On me présenta une gracieuse jeune fille à peine deux semaines après sa mort, mais je ne voulais pas qu’une autre prenne sa place et que tu doives un jour appeler quelqu’un d’autre ” mère ” ; je ne l’aurais pas supporté. Si une fausse mère était nécessaire il y avait déjà la nourrice. ” ” Que dois-je donc craindre ? ”

“ Le désir qui pousse à la sauvagerie, lorsque le désir d’obtenir quelque chose dépasse l’honneur et toute règle de pitié humaine. ”

“ Et les femmes ? ” demanda perplexe Conrad, vu la curiosité typique due à son âge, et intéressé par l’être mystérieux qu’est la femme, jus-qu’alors uniquement connue dans le sein de la nourrice.

“ Les femmes… rien ne t’empêche de les aimer, mais méfie-toi des yeux d’une femme qui ne t’appartient pas ! ”

“ Rabel ! ” appela quelqu’un provenant des ruines juste à l’extérieur du camp.

“ Roul, c’est déjà le moment ? ”

Cette question présentait le personnage, Roul Poing Dur était le compagnon d’armes duquel Rabel ne s’était jamais séparé. Ils étaient partis en-semble pour l’Italie et s’étaient toujours protégés durant les batailles. Roul était un énergumène de presque deux mètres, à la voix puissante et aux manières peu raffinées. Une barbe plus épaisse que la normale marquait son visage et ses cheveux étaient plus sombres que la moyenne, avec une longue tresse qui descendait sur le côté droit de sa tête. Sa couleur presque méditerranéen anormale, ses yeux bleus, les traits nordiques et la stature hors du commun le trahissaient. il était une mauvaise personne, tout le monde le savait, mais il était aussi un excellent soldat, un des meilleurs dans l’utilisation de la hache de combat. La plupart des per-sonnes se posaient la question de savoir ce que Roul avait à faire avec l’âme noble de Rabel, mais c’était sans doute, justement, le caractère miséricordieux du second qui liait cette amitié. Rabel était tolérant envers les excès de Roul, tant parce qu’ils avaient grandis ensemble que parce que Roul savait le protéger durant les batailles.

Pas encore; ils parlent de demain matin à l’aube, mais le vin est arrivé et ils attendent tous le père Rabel pour faire la fête. ”

“ Père Rabel ”, c’est ainsi que toute la compagnie normande appelaient le noble Rougeville, depuis qu’à trois cents, ils avaient passés le Détroit. Maintenant le vin était arrivé et ils demandaient à ce que tous soient présents.

Même si les voyageurs arabes, les plus dévoués à la mondanité s’étaient vantés du vin de Sicile, il restait une chose rare à trouver. En effet, vu que les islamiques interdisaient la culture de la vigne sur les territoires qu’ils contrôlaient, sur cette terre on voyait uniquement de modestes quantités de baies. Déjà à l’arrivée de Maniakès, en 1038, les chrétiens avaient vite replanté les vignes, pour réactiver la production de masse, mais les grappes n’étaient pas encore suffisamment apparues et il fallait importer de grandes quantités de boissons si on voulait porter un toast à la chance.

“ Et porte aussi Conrad ; il est temps qu’il s’amuse comme savent le faire les hommes ! ”

Rabel fixa son fils et secoua sa tête, en lui indiquant qu’il était contraire à l’invitation de l’autre. ” Willaume et Dreu ? ”

“ Les frères de Hauteville29 sont déjà assis au banc de la taverne depuis une heure. ”


William de Hauteville, Willaume dans leur langue, aurait été surnommé Bras de Fer, car on raconte qu’il tua, à l’aide d’une seule main et en brandissant la lance, un champion sarrasin qui avait fait un grand massacre de grecs et de nordiques, durant une phase avant le siège de Syracuse. Mais il était évident, malgré que la légende circulait déjà parmi les troupes, que l’histoire était improbable.

Toutefois le nom de sa caste brillait toujours plus, parmi les hommes du contingent normand déjà sous ses ordres.

“ Il serait plus sage de se recueillir en prière et en contemplation. C’est surtout l’aide du bon Dieu qui servira. Abd-Allah a recueilli l’entièreté des forces de Sicile, et d’autres sont arrivées de l’Afrique. Vous croyez qu’il parviendra à enlever le siège de cette ville, et fera l’impossible pour retourner d’où nous sommes venus. Nous devons repousser la contre-at-taque avant que l’émir n’arrive et nous écrase contre ce mur, mais cette fois je crains que le courage des plus courageux ne suffira pas pour entraîner l’armée toute entière. ”

“ Si tu buvais plus et priais moins, tu serais plus optimiste ! ” Conscient d’avoir peu de pouvoir dans la tentative de convaincre l’autre, Rabel s’adressa à son fils, aussi sérieux qu’il pouvait.

“ Tu as entendu ? Le départ est pour demain à l’aube. Tu sais ce que tu dois faire. ”

Donc il suivi Roul le long du chemin vers la taverne.

Conrad savait bien ce qu’il devait faire, et c’était ce que désormais il faisait depuis deux ans : préparer les bagages de son père, ranger son armature, aiguiser la lame de son épée et préparer la bannière avec l’emblème de la famille, une hache danoise dominée d’une feuille de chêne verte insérée dans un bouclier de champ rouge… emblème que Conrad aurait justement soutenu durant tout le trajet, jusqu’au lieu de la bataille, en marche à cheval à côté de son père.

Ces discours sur les femmes et sur le vin firent une étrange et inédite envie à Conrad – le mystère de l’interdit donne toujours envie aux jeunes garçons – de sorte que, dès que les cavaliers quittèrent le lieu des bâtiments en ruine, il se dirigea, lui aussi, vers la taverne qui en réalité était un lieu de retrouvailles aménagé à cet usage par un paysan chrétien qui espérait spéculer sur les exigences des troupes.

Comme déjà dit, il était à peine la cinquième heure et le soleil encore une fois frappait fort sur la tête de Conrad. Il passait parmi les tentes bon-dées de soldats de toute sorte, avec partout des groupes en conversation dans leur propre idiome… et parmi les prêtres qui prêchaient, debout et en position élevée, qui faisaient une grosse voix, après des décennies de prières dites à voix basse. En bénissant chaque soldat qui passait sous leurs tabourets, ils sanctifièrent également un jeune garçon quand il fut proche d’eux.

Conrad entra donc dans la taverne et ce fut alors qu’il se trouva devant le sinistre vice qui domine les adultes, calices pleins de vin, joueurs de dés à chaque table et plein de prostituées, celles qui s’improvisent pour de l’argent et celles obligées, car maintenant les jeunes filles du peuple devaient se donner aux conquérants. Conrad s’enfuit craignant de trouver son père parmi ces hommes.

Chapitre 6

Hiver 1060 ( 452 de l’hégire ), Rabaḍ de Qasr Yanna


Umar ferma la porte avec impatience. Les requêtes de la pauvre fille chrétienne, qui s’était même humiliée au point de lui embrasser les pieds, furent définitivement interrompues.

“ Je n’ai pas le temps pour les parasites. Si elle se représente chassez-la ! ” Ordonna t’il à la dame de la servitude qui dans un premier temps lui avait ouvert.

Les sanglots désespérés des pleurs d’Apollonia de l’autre côté de la porte furent ignorés encore plus facilement que les requêtes verbales faites juste avant.

Nadira était restée dans un angle obscur de la pièce d’entrée avec l’intention d’observer la scène, qui se consommait sur la porte de la maison, mais maintenant que la porte avait été fermée, laissant la voix et les espoirs de la pauvre fille à l’extérieur, elle s’approcha de son frère et fâchée, elle lui dit :

“ La honte de laquelle tu t’es déjà couvert ne suffit pas ? ”

Et lui, extrêmement ennuyé par le jugement de sa sœur, déjà en colère pour la discussion de l’après-midi, et pour le fait que sa mère était intervenue pour défendre sa fille, il menaça :

“ Attention, Nadira… attention… attention car je pourrais t’envoyer chez ton Qā’id sur une civière ! ”

“ Je serai heureuse d’aller chez ” mon Qā’id ”, juste pour ne plus te voir ! ”

“ Pourquoi n’es-tu donc pas partie quand il est venu demander ta main ? Il me semble qu’il voulait t’amener dans son palais déjà le jour suivant. ” répondit Umar, en indiquant du doigt vers le haut la direction de Qasr Yanna, siège du palais de ibn al-Ḥawwās.

“ Parce que j’ai demandé d’attendre que ta femme accouche, pour voir ton troisième fils. ”

“ Comme si Ghadda avait besoin d’une fillette qui se monte la tête pour être aidée durant sa grossesse… ”

“ Tu n’as même pas hérité d’un seul cheveux de notre père… ” répondit Nadira, qui en s’approchant encore un peu, lui pointa le doigt sur le visage et poursuivit :

“ Tu es un ingrat… avec moi comme avec ces pauvres citoyens qui servent cette maison depuis qu’ils sont nés. Si tu ne l’étais pas tu n’aurais pas ignoré cette malheureuse qui pleure encore derrière notre porte. ”

L’appel du muezzin se leva alors sur tout le Rabaḍ ; le dernier rayon de soleil avait disparu derrière le mont de Qasr Yanna.

“ C’est une malheureuse, tu as bien dit, et elle le sera toujours…. Explique moi pourquoi tu prends cette histoire tant à cœur. ”

“ Car si tu avais été lié à ce poteau, moi je me serais jetée aux pieds de ton bourreau avec encore moins de dignité que cette fille chrétienne. ”

Après ces mots Nadira s’effondra en larmes, tout en continuant, tandis que Umar était bouleversé par cette inattendue déclaration de dévotion en-vers lui.

“ Et tu me demandes pourquoi j’ai demandé au Qā’id de m’attendre pendant trois mois… ”

Toutefois Umar devint sérieux, et recueilli en lui toute la force qu’il avait pour se montrer dur.

“ Toi et tes pleurs, Nadira. Tu ne parviendras pas à me faire regretter ! ” ” Je me demande combien tu te désoleras puisque nous nous verrons dorénavant uniquement si Allah le voudra . ”

“ Alors, j’espère alors qu’ Allah accueillera ma requête de t’éloigner de moi. ”

Nadira se mit à pleurer plus fort et, en lui frappant la poitrine, elle hurla : ” Tu n’es rien Umar… rien…. et si tu deviendras finalement quelqu’un ça sera uniquement grâce à moi ! ”

Umar, qui ne pouvait supporter ces paroles qui blessaient son orgueil comme une lame, lui flanqua une gifle et lui dit :

“ N’entends-tu pas qu’il est l’heure de la ṣalāt du coucher du soleil ? Va te purifier avant que la nuit ne tombe complètement. ”

“ Et toi vas laver même ton âme ! ”

Ils se quittèrent en vitesse, chacun dans sa chambre, fâchés et en colère l’un envers l’autre.

Quand Umar termina sa prière il resta pensif, assit sur son lit, il repensait à cette gifle donnée dans un moment de colère.

“ Que s’est-il passé il y a peu sur la porte ? Je t’ai entendu discuter durant l’adhān30 demanda Ghadda, en venant s’asseoir à ses côtés tandis qu’elle tenait son ventre.

“ Ma sœur me met en colère ! Depuis que le Qā’id lui a demandé sa main elle ne cesse de critiquer mes actions. ”

“ Et toi, Umar, tu ne cesses de la provoquer… Depuis que je vis sous ce toit je n’avais jamais vu personne lié au poteau de la cour. N’est-ce pas par hasard que depuis que le Qā’id a demandé la main de Nadira, tu tiens à bien faire comprendre qui commande dans cette maison et sur le village entier ? Tout le monde parle de ta sœur, beaucoup plus qu’ils ne l’aient fait de toi. Mais au fond, mon bien aimé, vous êtes semblables… têtus et toujours prêts à imposer votre propre parole l’un sur l’autre. En plus, de-puis ce jour là vous avez changé tous les deux …. elle s’est montée la tête, et toi tu as oublié la route de ton père. L’Umar que je connaissais me manque aussi. ”

“ Tu voudrais insinuer que je suis jaloux de Nadira ? Que je crains de perdre le rôle de personne la plus importante de cette maison ? ” ” Non seulement de la maison, mais de l’entier Rabaḍ. ”

“ Moi jaloux de Nadira ; quelle bêtise ! ” conclut Umar, en riant ner-veusement dans la tentative de cacher son malaise face à cette vérité qu’il savait être exacte.

“ Maîtresse, la sentinelle sur la terrasse demande à vous parler. ” inter-rompit une domestique derrière la porte de la pièce.

Umar se leva donc et remercia la chance, du moment qu’elle le libérait de ce discours embarrassant.

Ghadda le retint alors par le bras et lui dit : ” Je t’ai manqué de respect ? ”

Mais lui s’approcha d’elle et, d’une douce expression, l’embrassa sur le front.

Après s’être couvert la tête et les épaules d’une large écharpe en poil de chameau, Umar sorti de chez lui. Il allait se rendre là d’où commençait les marches qui portaient à la terrasse, quand il vit que le garde préposé au contrôle du condamné battait violemment la jeune fille chrétienne. Celle-ci était au sol, et maintenant, la tête découverte, elle se cachait la face et criait, tandis que l’autre la frappait avec la même corde avec laquelle le jour avant il avait frappé Corrado. Et Corrado, au contraire, restait dans son état d’ inconscience.

Umar s’arrêta et, ayant en tête les paroles fraîches de sa femme, comme s’il voulait démontrer à lui même qu’il n’était jaloux de personne, ordonna au garde :

“ Idris, laisse tomber cette pauvre malheureuse ! ”

“ Mais Umar, cela fait trois fois que je lui dis de ne pas s’approcher de ce garçon….. Et il y a peu elle a profité de la ṣalāt du coucher du soleil pour le refaire ! ”

Ça va…. Mais ne la touche pas ! Renvoie-là plutôt chez elle. ”

A ce point Apollonia se redressa légèrement, tout en restant pliée sur ses jambes et assise sur ses talons.

“ Laisse-moi au moins rester dans la cour. Je resterai tranquille près du muret. ”

Le pria-t’elle, pleine de larmes .

“ Fais comme tu veux ! ” s’en libéra Umar, ennuyé de l’avoir encore dans les pieds.

En montant sur la terrasse, la sentinelle dirigea immédiatement son attention sur les dernières courbes de la rue provenant de Qasr Yanna, juste à quelques pas du Rabaḍ.

“ Trois hommes à cheval viennent par ici. ”

“ A cette heure-ci ? Ce sont probablement des voyageurs qui se sont trompés de route. Cependant ils pouvaient passer la nuit à Qasr Yanna…. Pourquoi se mettre en route durant la nuit et avec ce froid ? ”

“ Le ciel est clair cette nuit, je crains que le gel n’arrive. ”

Umar pensa une seconde au prisonnier, mais puis, il dirigea de nouveau son attention sur ces étrangers qui s’approchaient.

“ Umar, à en juger par ce qui me semble être des draperies, au moins un de ces chevaliers doit être quelqu’un d’important. ”

“ Tu as bien fait de me prévenir, Mezyan. S’il s’agit de quelqu’un d’im-portant il est bon qu’il connaisse mon hospitalité. ”

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